Le teprotumumab, un inhibiteur du récepteur de l’IGF1, dans le traitement de l’ophtalmopathie basedowienne

05/02/2020 Par Pr Philippe Chanson
Endocrinologie-Métabolisme Ophtalmologie
L’ophtalmopathie de la maladie de Basedow est une complication handicapante sur le plan fonctionnel et esthétique et qui peut être grave sur le plan oculaire avec un risque de cécité.

Il n’y a pas de traitement médical disponible et, même si elle est rare (1.9 cas pour 10 000 sujets par an), la progression de l’ophtalmopathie peut poser des problèmes majeurs au plan fonctionnel, justifiant l’intérêt de disposer d’un traitement efficace. Les agents immuno-modulateurs peuvent diminuer l’inflammation en cas d’ophtalmopathie active mais ont des effets limités à long terme sur les signes de l’ophtalmopathie comme l’exophtalmie ou la diplopie qui altèrent la qualité de vie et peuvent nécessiter de multiples traitements chirurgicaux. Les causes de l’ophtalmopathie de la maladie de Basedow sont mal connues. L’ophtalmopathie se développe chez environ 40 % des patients ayant une maladie de Basedow. Le récepteur de l’IGF1 qui est surexprimé dans les fibroblastes orbitaires et dans les cellules B et T de la maladie de Basedow avec ophtalmopathie joue un rôle central. Le teprotumumab est un anticorps monoclonal humain capable d’atténuer la signalisation initiée tant par le récepteur de la TSH que par le récepteur de l’IGF1 et est donc capable de bloquer les réponses dysimmunitaires dans l’ophtalmopathie basedowienne active. Dans un essai randomisé en double insu vs placebo, de phase 3, multicentrique, des patients ayant une ophtalmopathie active ont reçu soit des perfusions intraveineuses de teprotumumab (10 mg/kg pour la 1ère perfusion puis 20 mg/kg pour les perfusions ultérieures) ou du placebo, et cela toutes les 3 semaines pendant 21 semaines. La dernière visite pour l’analyse a eu lieu au 6ème mois. Le critère d’évaluation principal était la réponse en termes d’exophtalmie (une réduction de l’exophtalmie ≥ 2 mm) à la 24ème semaine. Quarante et un patients ont été assignés au groupe teprotumumab et 42 au groupe placebo. A la 24ème semaine, le pourcentage de patients ayant une réponse en termes d’exophtalmie était supérieur sous teprotumumab en comparaison du placebo (83 %, soit 34 patients, vs 10 %, soit 4 patients ; p < 0.0001) avec un nombre nécessaire à traiter de 1.36. Tous les critères d’évaluation secondaires étaient significativement améliorés sous teprotumumab en comparaison du placebo dont la réponse globale (78 % des patients, soit 32 patients vs 7 %, soit 3 patients), le score d’activité clinique de 0 à 1 (59 % vs 21 %), le changement moyen de l’exophtalmie (-2.82 mm vs -0.54 mm), la réponse de la diplopie (68 %, c’est-à-dire 19 des 28 vs 29 %, c’est-à-dire 8 des 28) et le changement moyen dans le score global de qualité de vie (13.79 points vs 4.43 points, p ≤ 0.001 pour tous). Les réductions de la taille des muscles extra-oculaires, du volume de la graisse orbitaire ou des deux ont été observées chez 6 patients du groupe teprotumumab qui ont eu une imagerie orbitaire. La plupart des effets secondaires étaient faibles ou modérés en sévérité, deux événements graves sont survenus dans le groupe teprotumumab dont un (une réaction au moment de la perfusion) a conduit à un arrêt du traitement. En conclusion, chez les patients ayant une ophtalmopathie basedowienne active, le teprotumumab s’accompagne de meilleurs résultats que le placebo en termes d’exophtalmie, de score d’activité clinique, de diplopie et de qualité de vie. Les effets secondaires sont rares.

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