polyarthrite

Polyarthrite rhumatoïde : des lacunes persistantes dans la prise en charge médicamenteuse

Maladie très invalidante, la polyarthrite rhumatoïde demeure mal prise en charge en France, révèlent les résultats d’une étude publiée au 38e Congrès français de rhumatologie. En 2019, plus de 40 % des patients n'ont reçu aucun traitement de fond.

04/02/2026 Par Romain Loury
38e Congrès français de rhumatologie
polyarthrite

Alors que plusieurs travaux ont déjà suggéré l’insuffisance de la prise en charge médicamenteuse de la polyarthrite rhumatoïde (PR) en France(1,2), celui présenté au Congrès de la SFR par la Pre Cécile Gaujoux-Viala, cheffe du service de rhumatologie du CHU de Nîmes (Gard), enfonce le clou. Menée sur le Système national des données de santé, cette étude a porté sur plus de 332 000 personnes identifiées comme polyarthritiques selon divers critères, tels que les motifs d’hospitalisation, la présence d’une affection de longue durée ou la prescription de traitements de fond contre la PR (Disease-Modifying Antirheumatic Drugs [DMARD]).

Les résultats révèlent qu’en 2019, seules 59 % de ces personnes se sont vues délivrer un traitement de fond contre la PR, qu’il soit de type conventionnel (csDMARD, tel que le méthotrexate), ciblé biologique (bDMARD, anti-TNF alpha, anti-IL-6, etc.) ou ciblé synthétique (tsDMARD, comme les anti-JAK1). Corollaire : plus de 4 patients sur 10 n'ont reçu aucun traitement contre la PR, bien que dûment identifiés comme souffrant de cette maladie.

L’étude va même plus loin : parmi les patients non traités par traitement de fond en 2019, la moitié ne l’ont pas non plus été lors de la période 2010-2022. Au cours de ces 13 années, 19,5 % des patients polyarthritiques n’ont jamais été traités, 23,2 % ne l’ont été qu’entre 0 et 20 % du temps, 17,1 % entre 20 et 80 % du temps, 40,2 % entre 80 et 100 %.

Parcours de soins et observance

Comment expliquer une aussi maigre couverture thérapeutique ? Selon Cécile Gaujoux-Viala, "deux phénomènes sont en jeu. D’une part, il est probable que de nombreuses personnes ne soient pas vues par un rhumatologue. Selon nos résultats, le suivi par un rhumatologue constitue un des facteurs associés au fait de disposer d’une quantité suffisante de traitement. Au lieu de cela, le diagnostic n’est donc pas posé, et le médecin traitant se contente certainement de prescrire des corticoïdes, des anti-inflammatoires et des antidouleurs."

"D’autre part, il y a sûrement un problème d’observance, avec des patients qui ne vont pas chercher leurs médicaments à la pharmacie. C’est d’ailleurs ce qui ressort de plusieurs études, qui révèlent que seuls 40 % des patients présentent une bonne adhésion thérapeutique", ajoute la rhumatologue nîmoise. Selon elle, "la situation est peut-être encore pire que celle que nous décrivons. Il y a peut-être aussi des personnes qui vont chercher leurs traitements mais qui les laissent au placard".

Les femmes et les personnes âgées moins traitées

Parmi les facteurs associés à de moindres chances de traitement par DMARD, les chercheurs évoquent le fait d’être une femme, d’avoir plus de 80 ans, de bénéficier de la complémentaire santé solidaire (un indice de précarité socio-économique). Également en cause, le fait d’être traité pour un cancer – maladie qui peut conduire, par précaution, à l’arrêt de certains traitements immunosuppresseurs – mais aussi d’être sous traitement antidépresseur.

Plus étonnant, les chercheurs révèlent une moindre couverture de traitement par DMARD dans les trois régions méridionales, à savoir Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, et ce après prise en compte des facteurs de confusion. Un phénomène inexpliqué que l’équipe compte explorer de manière plus fine, via des analyses menées à l’échelle départementale.

Comment remédier à cette insuffisance thérapeutique, alors que la PR compte plusieurs traitements efficaces, susceptibles d’entraîner une rémission ? Selon Cécile Gaujoux-Viala, "il faut probablement que nous allions interroger les médecins généralistes, peut-être via des études qualitatives, pour voir comment ils se comportent face aux patients souffrant de douleurs articulaires, s’ils pensent ou non à une PR. De même, il faut agir pour améliorer l’adhésion thérapeutique du patient, comprendre quels sont les freins et comment les lever."

  1. Pina Vegas L, et al. Joint Bone Spine, 13 septembre 2023.
  2. Gaujoux-Viala C, et al. Rheumatic and Musculoskeletal Diseases Open, 31 octobre 2023.

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