Insuffisance surrénale aiguë : l’injection de glucocorticoïdes est souvent trop tardive

26/07/2018 Par Pr Philippe Chanson
Endocrinologie-Métabolisme

Malgré un traitement substitutif bien établi, la mortalité des patients ayant une insuffisance surrénale chronique reste supérieure à celle de la population générale. Le risque relatif de décéder de maladie infectieuse est de 6.6 et l’insuffisance surrénale aiguë contribue aussi de manière très vraisemblable à l’excès de mortalité. Alors que la prévention et le traitement de l’insuffisance surrénale aiguë reposent sur l’administration parentérale de glucocorticoïdes, cette injection est malheureusement encore trop souvent faite avec retard. Dans le cadre d’une étude prospective multicentrique reposant sur un questionnaire, une équipe allemande a tenté d’évaluer la manière dont les urgences surrénaliennes nécessitant l’administration de glucocorticoïdes étaient prises en charge chez les patients ayant une insuffisance surrénale chronique. 150 participants ayant une insuffisance surrénale chronique ont donc rempli un questionnaire sur la prise en charge des situations d’urgence puis l’ont adressé en cas d’urgence surrénalienne. De plus, les patients étaient contactés par téléphone de manière régulière. Cinquante neuf urgences surrénaliennes ont été documentées chez 39 patients. L’intervalle de temps moyen entre le contact et l’arrivée d’un professionnel de santé était de 20 minutes (1 à 240). Au total, pour 43 urgences surrénaliennes, les patients ont reçu des glucocorticoïdes de manière parentérale par un professionnel de santé. L’intervalle entre le moment où les patients ont montré leur carte d’insuffisance surrénalienne et l’injection de glucocorticoïdes par un professionnel de santé était de 60 minutes (extrêmes 5 à 360 minutes). Vingt-six patients se sont administrés eux-mêmes les glucocorticoïdes par auto-injection. Le temps entre le début des symptômes et l’administration du glucocorticoïde était significativement plus court lorsque les patients faisaient eux-mêmes leur injection  (85 minutes ; 20-280) que lorsque l’injection était faite par un professionnel de santé (232.5 minutes ; 1-3 135, p < 0.001). 62 % des patients capables de s’injecter eux-mêmes l’hydrocortisone se sont traités en ambulatoire alors que ça n’a été le cas que de 27 % des patients qui recevaient une injection exclusive par un professionnel de santé (p = 0.008). Afin d’améliorer la prise en charge des urgences, la plupart des patients (84%) indiquaient qu’il fallait simplifier l’auto-injection de glucocorticoïdes. En conclusion, alors que la prise en charge des insuffisances surrénales aussi bien par le patient que par le professionnel de santé montre encore une variabilité importante, les patients profitent nettement de l’option qui leur est proposée de faire eux-mêmes l’injection de glucocorticoïdes. La prise en charge des patients, en particulier l’éducation des patients et des professionnels de santé, de même que la façon dont les glucocorticoïdes doivent être administrés, nécessitent d’être optimisées.

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