@Alexis Vignais
La réforme Pass/LAS sera bien maintenue à la rentrée 2027 : ce qu'il faut retenir des annonces des ministres
Lors d’un déplacement à l’Université Paris Cité, ce vendredi 17 avril 2026, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, accompagnée de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, ont dévoilé le contenu de la nouvelle réforme de l’accès aux études de santé, mettant fin au système Pass / LAS. Si des appels au report, notamment des doyens et de l'Académie nationale de médecine, avaient été lancés, la réforme devrait bien être mise en place en septembre 2027.
@Alexis Vignais
Le sujet alimentait les conversations depuis plusieurs semaines. Qu’allait décider le ministère de la Santé et celui de l’Enseignement supérieur quant à la première année d’accès aux études de Santé ? Le suspens a pris fin, vendredi 17 avril 2026. Au sein de l’Université Paris Cité, Stéphanie Rist et Philippe Baptiste ont dévoilés les détails de la réforme dite Pass / LAS.
Si tous les acteurs semblaient être raccord sur le sujet, c’est maintenant officiel, le système Pass / LAS n’existera plus. Pour le remplacer ? Une voie unique, à nouveau. "La fin de l'éparpillement et de l'illisibilité existante" grâce à "un seul modèle", formant une sorte de "fusion entre les deux systèmes", synthétise Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur. "À titre d'illustration, en Ile-de-France, un étudiant à le choix entre 100 parcours, entre les LAS et les Pass disponibles", rappelle ce dernier.
Toutefois, le grand sujet qui brûlait les lèvres de nombreux acteurs était le report, ou non, de la réforme. Les ministères ont finalement décidé de rester dans la lignée de ce qui avait été indiqué en octobre dernier, avec une mise en place de cette réforme à la rentrée 2027. "Le calendrier, je vous le confirme, c'est bien la rentrée 2027", a souligné Stéphanie Rist, devant les principaux concernés tout en concédant que ce changement est "significatif et transformant".
"Un calendrier très serré"
Une décision malgré les divers appels au report, dont notamment celui de la Conférence des doyens qui souhaitait une mise en place décalée d'une année. Sa présidente, Isabelle Laffont, bien que se réjouissant de plusieurs points a pu rappeler son désaccord, déjà évoqué sur Egora, avec le calendrier annoncé.
"Malgré la qualité du travail de la concertation […], cette réforme nous la vivons comme un peu précipitée ", a-t-elle pu indiquer en évoquant "un calendrier très serré". "Notre capacité à mettre en place ces évolutions en quelques mois, avant d'ouvrir Parcoursup, questionne, et nécessitera, en tout cas, un accompagnement et des moyens pour pouvoir le mettre en œuvre."
Une nécessité d'obtenir des moyens partagés, également, par France université. "Nous nous réjouissons de cette évolution", a pu indiquer Lamri Adoui, président de l'institution, qui évoque aussi un timing commençant "à être vraiment un challenge pour l'ensemble des établissements. D'autant que nous partons, au sein des universités, de situations qui sont extrêmement différentes les unes des autres."
Face à ce qui devient une réalité, la question des financements devient donc centrale. "Les moyens sont absolument indispensables, surtout pour une mise en œuvre, dès septembre 2027." Sur ce sujet, le Ministre de l'enseignement supérieur promet "un accompagnement significatif dans ces évolutions." "Nous serons très vigilants à ne pas mettre les universités en difficulté, à ne pas dégrader la qualité de la formation et de l'encadrement des études", abonde Stéphanie Rist.
Un programme "recentré sur l'essentiel"
Au-delà, des questions calendaires, les deux ministères ont donc dévoilé les contours de ce que certains appellent une “réforme de la réforme”. Voie unique donc, mais celle-ci sera scindé en trois blocs différents : deux dédiés à la santé et un au "hors santé". Un bloc de plus, donc, par rapport au modèle Pass / LAS.
Dans le détail, le premier bloc santé sera consacré aux "connaissances scientifiques fondamentales", indiquent les ministères. Un programme qui se veut "allégé" et "recentré sur l'essentiel". À ses côtés, un second bloc santé (représentant environ deux fois moins d'ECTS) où seront travaillées, entre autres, les compétences psycho-sociales, la communication ou bien l'éthique.
Enfin, un bloc disciplinaire, composé, par exemple, d'enseignement en droit, en biologie ou encore en sciences humaines, complètera l'ensemble. Toutefois, ces disciplines "présentent des liens très fort avec la santé", défend le ministre de l'enseignement supérieur.
La question du redoublement
La santé est donc majoritaire dans ce nouveau modèle, un souhait des fédérations étudiantes et des doyens. Mais pour intégrer une filière santé, "l'ensemble de l'année et des disciplines sera pris en compte pour classer ou interclasser les étudiants", ajoute Philippe Baptiste. Un modèle discuté par Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et des doyens. "La non prise en compte suffisante des enseignements santé dans le classement qui serait opérée pour les faire rentrer dans les filières MMOP nous questionne", indique la doyenne de Montpellier souhaitant que "ce point puisse être rediscuté."
Si l'étudiant ne parvient pas à intégrer la filière santé du premier coup, une deuxième chance sera possible, "en fin de deuxième année de licence". Cela à condition d'avoir validé le bloc santé de première année.
Le redoublement, sujet brûlant est source de désaccord, notamment entre les doyens, défavorables, et les fédérations étudiantes, favorables. Il sera possible et autorisé une seule fois. "La Paces était très critiqué car les étudiants en santé étaient majoritairement redoublant", indique le Ministre de l'enseignement supérieur. Le dispositif Pass / LAS n'autorisait, lui, aucun redoublement. Cela ayant "des conséquences sur le stress et la santé mentale des étudiants qui avaient l'impression d'avoir une chance unique et après c'était fichu !"
Le redoublement revient donc, mais il ne sera pas possible pour les étudiants de candidater aux études de santé sur cette année de redoublement. La deuxième chance n'interviendra donc qu'après un passage en deuxième année. "Le but du jeu n'est pas de reproduire une Paces", tonne le ministre de l'enseignement supérieur.
Ultime point de discorde : les oraux. Actuellement, ils étaient mis en place par certaines universités, mais pas par d'autres. Les doyens questionnaient leurs maintiens, évoquant la question de la faisabilité. "Ces épreuves étaient sans doute louables dans l'esprit, mais ça ne fonctionnait pas très bien", déplore le ministre de l'enseignement supérieur appelant à laisser la main sur ce sujet aux différentes universités. "On regrette réellement la suppression des épreuves orales", déplore Louise Lenglin, première vice-présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), évoquant "un retour en arrière", tout en qualifiant de "grande avancée" le passage à une voie unique et commune.
En ce sens, la Fage est donc également défavorable à l'exception, annoncée ce jour, pour l'accès aux études de pharmacie. En effet, en parallèle de cette première année, les deux ministères ont également décidé d'ouvrir "une expérimentation optionnelle permettant de réserver quelques places à des étudiants souhaitant s'orienter uniquement vers la pharmacie", indique Stéphanie Rist, qui souligne toutefois que ces derniers "devront répondre aux mêmes conditions de réussite" que les autres étudiants, tout en insistant sur le caractère "expérimental" et "optionnel" de cette opportunité.
Enfin, les passerelles seront également "élargies" pour les titulaires d'une licence complète "afin d'accueillir les étudiants avec une vocation plus tardive". Dans le même ordre, les passerelles paramédicales, pour les professionnels ayant validé trois ans de cursus, seront renforcées et les passerelles existantes maintenues.
Si de nombreux arbitrages ont été effectués, certains points restent toutefois à préciser à l'image du nombre d'étudiants admis en filière santé. "C'est un travail qui se fait territoire par territoire avec les Agences régionales de santé", souligne Stéphanie Rist qui évoque une prise de parole sur ce sujet dans "les semaines qui viennent". Toujours sur le sujet des effectifs, les doyens souhaitent "une diminution du nombre d'étudiants admis dans cette première année via Parcourssup, tout en gardant le même nombre de places en médecine." Du côté de la FAGE, on souhaite, au contraire, que les capacités d'accueil de la première année ne soit pas abaissée. Un sujet de plus à trancher pour les ministères.
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