"Humiliations", "harcèlement", décès d'un patient : le témoignage choc des soignants du CHU de Rennes dans Paris Match

Brimades, humiliations, harcèlement moral et sexuel… Dans une vaste enquête publiée dans Paris Match, ce vendredi 5 janvier, neuf soignants racontent l'enfer qu'ils ont vécu au sein du service de neurologie du CHU de Rennes. Ils dénoncent notamment le "despotisme" de deux professeurs qui se sont succédé à la tête du service.

09/01/2024 Par Louise Claereboudt

C'est un ultime cri d'alarme. En témoignant dans Paris Match, neufs soignants – neurochirurgiens, anesthésistes, infirmiers – entendent aujourd'hui briser l'omerta qui règne depuis des décennies au sein du service de neurochirurgie du CHU de Rennes. Posant ensemble sur la scène de l'opéra de Rennes en blouses blanches pour le magazine, ces professionnels de santé, qui ont pour la plupart quitté l'hôpital après avoir vécu l'enfer", font front pour dénoncer un système délétère. A la journaliste Anne Jouan, ils confient avoir subi tour à tour des "brimades", des "humiliations", des "violences verbales", du "harcèlement moral" voire "sexuel" de la part de deux professeurs, "au management féodal". Un "despotisme" qui a conduit le service, autrefois reconnu pour son excellence, à la dérive, disent-ils. 

Depuis 2013, 17 chirurgiens ont ainsi quitté le service, qui n'assure plus que les urgences et les pathologies pédiatriques, précise l'article. En octobre, à la suite de multiples accusations, une plainte collective a été déposée par l'Intersyndicale nationale des internes (Isni) visant ces deux professeurs qui se sont succédé à la tête du service. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Rennes pour harcèlement moral et sexuel. Depuis, les auditions se poursuivent, avec à chaque fois une souffrance exprimée par les soignants ayant côtoyé les deux hommes, indique Paris Match

Les témoignages sont parlants. L'un des chirurgiens confie avoir eu à plusieurs reprises des idées suicidaires, abattu par les remarques assassines de son chef de service. "Je n’avais plus que trois choix : me tuer, le tuer ou partir", déclare-t-il. "Je pleurais chez moi. Je me disais que si je fonçais dans un mur en voiture, tout ça serait enfin fini. J’étais désespéré", lance un autre médecin, arrivé en tant qu'interne puis devenu assistant du chef. 

D'autres témoignages font état de propos à caractère sexiste ou sexuel. A l'instar de cette infirmière, aujourd'hui à la retraite, qui déclare que le "chef" lui a une fois lancé : "Elisabeth, c'est l'heure de ma pipe". Les soignants dénoncent également une forme d'impunité, voire de "soutien" de la direction du CHU et de la faculté envers les deux professeurs mis en cause. 

Tous estiment que ce management toxique a mené à une perte de chance pour certains patients. Un neurochirurgien confie ainsi ne pas avoir immédiatement opéré un patient avec un AVC massif car il était "au-delà de l'exténuation". Résultat : "J'ai tardé. Il est mort." Des erreurs qui auraient pu être évitées. L'hôpital lui-même a reconnu "une augmentation du nombre d'événements indésirables" dans une note interne datée de novembre dernier, souligne la journaliste Anne Jouan qui s'interroge : "Jusqu’où peut-on sauver des vies en risquant la sienne ?"   [avec Paris Match]

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1 débatteur en ligne1 en ligne
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LAZERGES JEAN-PIERRE
330 points
Incontournable
Médecins (CNOM)
il y a 2 ans
Le choix des "victimes" de s'exprimer dans Paris Match ne me paraît pour le moins pas optimal. Les conflits de personnes et de management dans des services à haute intensité émotionelle ne peuvent être minimisés aux bénéfices des malades que par une médiation spécifique et spécialisée.
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laure martin
46 points
Anesthésie-réanimation
il y a 2 ans
Et en plus ils sont soutenus par l’administration qui une fois de plus ne fait pas son boulot.
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Alain JOSEPH
1,5 k points
Incontournable
Médecine générale
il y a 2 ans
Quelle tristesse !! Le Pr Megnien s'est suicidé... Le affaires ressortent et elles sont flores. Et que font les directeurs d'hôpitaux? Ils cherchent la rentabilité ! Je me tais car je deviendrais grossier.
 
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