santé de la femme

@Mary Long/stock.adobe.com

"On me demande mon consentement avant chaque acte" : le succès des centres de santé pour femmes

Ces dernières années, les espaces de santé privés dédiés aux femmes fleurissent un peu partout dans les métropoles et leurs banlieues. Des initiatives qui répondent à de réels besoins, mais qui suscitent des réserves de la part de certains professionnels. 

14/04/2026 Par Adèle Pétret
Enquête Gynécologie-Obstétrique
santé de la femme

@Mary Long/stock.adobe.com

Un rayon de soleil perce l’atmosphère humide de ce début mars, se frayant un chemin dans la salle d’attente vitrée du "centre expert en santé de la femme" Gynea à Pantin (Seine-Saint-Denis). Ce matin-là, une femme vient consulter une gynécologue pour son endométriose, une autre patiente avant une échographie, une dernière doit échanger avec sa psychologue après plusieurs fausses couches…Dans ce grand cabinet à la décoration léchée, design et chaleureuse, on trouve des gynécologues, des sages-femmes, une ostéopathe, une psychologue mais également une diététicienne. Toutes - la majorité sont des femmes - sont installées en libéral et cohabitent à temps partiel dans ces locaux que le groupe Gynea leur loue. Un espace de soin multidisciplinaire, dont le modèle est en plein essor depuis quelques années en France. 

Jeen, Sorella Care, Emanea mais également Elsan - le premier groupe d’hospitalisation privée français - ont ouvert des centres similaires, notamment en Île-de-France et dans différentes métropoles. Des initiatives privées, pour notamment répondre aux retards dans la prise en charge de la santé des femmes.

C’est un constat qui a poussé trois entrepreneurs à lancer Sorella Care. "Ils se sont rendu compte qu’en santé des femmes, il y avait un vrai trou dans la raquette”, raconte la Dre Alix Roquette, gynécologue et directrice médicale au sein du groupe depuis fin 2023. En effet, si ces dernières années ont été marquées par des avancées - sur l’endométriose par exemple - les femmes souffrent encore d’inégalités dans la prise en charge de leur santé. "Si l’on parle accident vasculaire cérébral, pathologie cardiaque, ostéoporose, troubles anxieux dépressifs, les femmes sont toujours soit plus concernées, soit moins bien prises en charge.[..] Longtemps les spécificités féminines en santé ont été un impensé de nos politiques publiques", reconnaissait la ministre de la Santé, Stéphanie Rist début décembre 2025, en préambule d'un colloque sur la santé des femmes organisé par la Haute Autorité de santé et l’Académie nationale de médecine

Et ces retards sont renforcés par une tendance des femmes à minimiser leurs symptômes. La deuxième enquête de la Fédération hospitalière de France et d'Ipsos BVA, parue le 6 mars dernier, relève en ce sens que “celles qui s’occupent le plus de la santé des autres membres de leur famille en sont réduites à négliger la leur”. Un constat qui fait dire au Pr Sofiane Bendifallah, chirurgien gynécologue à l'Hôpital américain de Paris, que “les besoins sont incommensurables” et que les initiatives comme les centres de santé dédiés sont “bienvenues”. Lui-même est d'ailleurs à l’origine du centre Gynélia à Paris, spécialisé dans les cas complexes. 

“Les besoins sont incommensurables”

“Coordonner” et proposer une “prise en charge globale” de la santé des femmes, tels sont les principaux arguments de ces espaces dédiés. “Par exemple, une patiente chez qui une sage-femme suspecte un problème hormonal va l’orienter vers un gynécologue. Une patiente qui vient de vivre un arrêt de grossesse va être orientée vers une psychologue spécialisée en périnatalité, etc.”, souligne Victoire Mulliez, la directrice générale de Gynea. Même son de cloche du côté du Dr Roquette chez Sorella Care : “La diététicienne m’a envoyé une patiente qu'elle suit pour une problématique de gestion de poids. Il y avait un trouble du cycle, et une problématique de pilosité… En fait, on a trouvé un SOPK. Mais cette patiente n'avait pas eu le réflexe de consulter.” La centralisation des professionnels de santé permettrait d'empêcher la rupture du parcours de soin.

Au sein de la clinique privée de l'Estrée, située à Stains (Seine-Saint-Denis), le groupe Elsan a récemment ouvert un institut dédié aux femmes. “Nous avons souvent des femmes qui se retrouvent peu suivies ou en errance médicale”, constate Corinne Delpuech, la directrice de la clinique. Or, l'errance conduit souvent à la méfiance à l’encontre des professionnels de santé. Alors, pour réintégrer ces femmes à un parcours de soin, les structures mettent en avant une manière plus douce de soigner, dans le respect du consentement. Et chez les patientes, l’argument résonne. “Aujourd’hui les femmes veulent plus de prévention mais aussi un parcours de soin plus humain”, estime le Pr Bendifallah. 

Un cadre sécurisant

Assise dans la salle d’attente du centre Gynea de Pantin, Marina a rendez-vous avec une gynécologue pour un suivi banal. Déjà habituée à un centre du groupe dans le 18e arrondissement parisien, elle assure ne plus vouloir consulter ailleurs. "J’ai 40 ans, et en terme de considération c’est le jour et la nuit par rapport aux précédents professionnels que j’ai consultés. On me demande mon consentement avant chaque acte.” Les praticiennes lui posent des questions, “mais surtout elles en écoutent les réponses !", sourit-elle, réjouie.

Quant aux dépassements d’honoraires - la plupart des professionnels exerçant dans ces centres sont conventionnés secteur 2 -, cela ne dérange pas cette assistante sociale en hôpital psychiatrique qui estime pouvoir “se le permettre aujourd’hui”. Pour Noémie Agbovor, 28 ans, “c’est le prix à payer pour être mieux soignée”. Cette juriste indépendante est enceinte de son troisième enfant et elle était déjà suivie dans un centre Gynea lors de sa grossesse précédente. “C’était génial, confie-t-elle, comparant à de précédentes expériences avec des gynécologues, moins heureuses. Pour mon premier fils c’était une autre histoire…Une fois le gynéco m’a laissée nue sur la table pour passer l’aspirateur…" Un mauvais souvenir pour cette jeune mère, qui a eu alors l’impression d’être traitée comme “un bout de viande”.

Pour les patientes rencontrées, les centres dédiés aux femmes offrent un cadre sécurisant. Mais pour les praticiennes aussi, ces espaces revêtent un certain intérêt. Si elles signent un contrat avec l’entreprise notamment pour fixer le montant de la redevance, elles conservent leur statut libéral. Un atout puisqu’elles fixent ainsi leur emploi du temps et leurs honoraires, tout en bénéficiant de locaux, de matériel, d’une aide administrative... Alix Roquette se souvient avoir été “rassurée” par le soutien offert par la structure. “J'adore m'occuper de mes patientes, mais je suis nettement moins à l'aise avec ma facturation et ma comptabilité. Et il y a une vraie décharge administrative par l’entreprise qui nous aide à la gestion comptable, à la facturation, à la prise de rendez-vous, etc.”

Et puis, il y a également le cadre de travail. C’est “l’ambiance d’équipe” qui a particulièrement attiré la Dre Sophie Stout, gynécologue médicale au centre Gynea de Pantin. “C’est comme un mini hôpital”, sourit celle qui, après trois ans passés dans le public, se lance tout juste dans son activité libérale et que l’exercice en solitaire inquiétait.

De potentielles dérives

Tout rassurant qu’il soit, ce cadre suscite toutefois la vigilance du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof), où l’on “accueille avec intérêt ces initiatives” mais où l’on s'inquiète pour les praticiennes. “Si l’établissement ferme, les consoeurs se retrouveront sans rien”, soulève le Dr Bertrand De Rochambeau, président du Syngof. Par ailleurs, il s’inquiète de potentielles dérives, à l’instar de cas récents dans des centres ophtalmologiques. “Le modèle économique est aujourd’hui dynamique, mais ce système peut aboutir aussi à une pression des entreprises sur les professionnels pour payer leur redevance et hausser leurs honoraires”, souligne-t-il. “Il y en a beaucoup qui utilisent la santé de la femme dans le but de faire du business”, abonde le gynécologue-influenceur Olivier Marpeau, aussi connu sous le pseudo @mygyneco sur les réseaux sociaux. 

Interrogés, les différents acteurs du secteur se défendent de vouloir surfer sur un filon marketing. La directrice de Gynea, Victoire Mulliez, précise : “Il y a certainement un momentum sur la santé de la femme depuis quelques années, qui se traduit par l’ouverture de centres comme les nôtres, [...] et je le salue. Je pense que toutes ces initiatives répondent à un mouvement sociétal : celui de mieux prendre en compte les femmes sur le plan médical.” Au sujet de la potentielle pression au chiffre, elle rétorque que “les professionnels sont libéraux et fixent leurs propres honoraires”.

Toutefois, le président du Syngof appelle à plus de contrôle, notamment de la part de l’Assurance maladie qui finance en grande partie les structures. Contactée, la Cnam n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations. Le Dr Marpeau estime, lui, que le contrôle devrait venir du corps médical. “L’idéal serait de créer un label avec un cahier des charges médical et une instance experte qui contrôlerait ces structures… Mais on en est loin.” 

Faut-il instaurer une attestation d'honorabilité pour tous les médecins ?

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Débatteur Passionné
Gynécologie-obstétrique
il y a 1 mois
On va centrer le débat sur le problème du consentement en précisant le NON dit implicite pour éviter l'amalgame. - Le journaliste (un peu pervers, c'est un journaliste) prend soin de préciser " avant chaque ACTE" , (alors que consentement dans le contexte suffisait peut-être - acte contrairement à "examen" étant connoté par un double sens) 1- l'implicite intelligent qui comprend "Acte Médical", 2- mais le sous entendu pervers murmure "Acte Sexuel". Aujourd'hui tout acte médical devient "sexué" et tout examen devient potentiellement "agressif" (vous remarquez que je laisse agressif sans adjectif car l'implicite intelligent comprend "agression médicale" et le sous entendu pervers "agression sexuelle". Du coup tout patient prend le statut de victime, voire victime sexuelle. En face on a une réalité : certains médecins sont de vrais sauvages, les fameuses brutes épaisses en blouse blanche, et si on y inclut la dimension psychologique et comportementale, il y a quasiment autant de femmes que d'hommes. Et il est effectivement plus que temps d'inclure dans le cursus médical des cours de savoir vivre. Voila l'essentiel. En médecine tout ce qui est péremptoire est dérisoire, tout ce qui est excessif est contre-productif. Tout est consentement, rien n'est consentement : Le poison c'est toujours la dose...
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DELA LIE
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Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 mois
Secteur 2 devient une condition pour exercer convenablement.... Ou centre sous perfusion de l'état/région ... D'ailleurs pas un mot sur les aides perçues (par le centre ? Par les médecins ?) pour ces installations, qui permettent le maintien des comptes à l'équilibre durant 3/5 ans et ensuite nombreux ferment;stt si S1, car les charges sont énormes et insoutenables avec les tarifs miserables/temps passé décidés par la SS.
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BERNARD G
752 points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 1 mois
Inutile de créer ce genre de centre, voué à l'exception. Plus utile de revenir à des rapports femmes-hommes, et patient-médecin normaux. Mais aussi avec un respect réciproque, qui se perd. On a l'impression que, dans la Médecine actuelle, tout est contraint, simulé, rien n'est plus naturel
 
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